Le vrac, ça coûte trop cher!

Mai 4, 2018 par

Le vrac, ça coûte trop cher!

Dans le cadre de mes activités avec l’association Zerowaste Switzerland, je suis régulièrement confrontée à la question fatidique : « acheter en vrac, ça coûte plus cher, non » ? Question à laquelle il n’est pas simple de répondre. Mon premier réflexe serait de répondre (attention, suissitude puissance mille) : « ça dépend… ».

 

Moins mais mieux

Grâce au zerowaste lifestyle, Bea Johnson, pionnière du zéro déchet, à réussi à faire 40% d’économie. De mon côté, avant d’adopter la démarche zéro déchet, j’avais de la difficulté à boucler mes fins de mois. Je descendais régulièrement en négatif sur mon compte bancaire. Ce qui n’est plus du tout le cas aujourd’hui. Dans tous les cas, je ne dépense donc pas plus qu’avant.

Pourtant, acheter en vrac rime souvent avec manger bio, ou du moins, miser sur la qualité plutôt que la quantité. Mais alors comment se fait-il que Béa Johnson puisse faire autant d’économies?

Oui, je privilégie le bio et le fairtrade mais aussi l’achat en brocante ou en deuxième main (reuse). Je fais réparer ce qui peut encore l’être, au lieu de jeter sans pitié (repair). Ma garde-robe se compose avant tout de pièces basiques, et si possible de qualité (reduce). Pour une plus grande longévité, moins de chance de s’en lasser, plus de facilité à composer et, quel gain de temps le matin!

J’achète rarement des produits cosmétiques, encore moins des produits ménagers. Dans la même veine, certains articles ont disparu de la liste de courses: mouchoirs en papier, tampons hygiéniques, papier ménage, film alimentaire, feuilles aluminium, feuilles de cuisson, vernis, limes à ongles et dissolvant. J’ai remplacé tout ce beau monde par des solutions durables (replace).

Je suis bien moins tentée par des achats compulsifs, ou claquage de thune à foison. J’évite les voyages all inclusive, trop loin, trop chers et je ne me déplace (presque) qu’en transports publics. Donc pas de dépenses liées à une voiture.

C’est que l’approche est globale, il faut la situer dans son contexte.

 

Sceptiques?

Alors oui, dans un premier temps, il faut investir dans un certain nombre de matériel : une gourde, des sac à vrac, une cup, des mouchoirs en tissu, un chariot de course et autre. Investir également du temps, à réfléchir et changer ses pratiques (rethink). Mais ça, c’est gratuit (ok, vous, au fond, j’ai entendu « le temps, c’est de l’argent »).

Et puis, plus je me justifie et moins j’ai l’impression de convaincre. Cette explication a du mal à passer, c’est mon sentiment en tout cas. Alors que je développe, l’auditoire fait la grimace, l’air de dire : « ouais, ouais…ok, c’est plus cher, c’est clair maintenant, ton blabla, tu parles, acheter en vrac c’est un truc de bobo qui sait plus quoi faire de son fric ».

Et c’est là, que me vient une idée débile….wait for it….je me lance dans une enquête de comparaison des prix (au secours). Parce qu’il faut bien l’admettre, la question dans le fond est la suivante: « est-ce que pour le même panier de la ménagère, les produits achetés sans emballage sont plus chers que ceux des grandes surfaces? »

Après des débuts vaillants mais maladroits, il me semble logique de ne pas comparer l’incomparable. Je compare donc uniquement les prix des produits bio des enseignes suivantes : Migros, Coop, Chez Mamie Lausanne, Bio c’bon Lausanne et le stand bio de Serge Luchino (Place du marché de la Riponne).

 

Plusieurs constats

  • l’assortiment bio est plus complet dans les grandes succursales Coop et Migros que dans celles de quartier, où il y a moins de choix.
  • auprès de Chez Mamie Lausanne et Bio c’bon, l’ensemble des produits est certifié bio (bio Bourgeon/Suisse ou bio Europe). C’est tellement agréable de ne pas devoir éplucher chaque produit pour vérifier.
  • certains produits bio sont complètement absents de la gamme Coop : boulghour, mangues, couscous et lentilles corail (sauf erreur) manquent à l’appel.
  • la provenance des produits de la Migros et de la Coop est compliquée à déchiffrer, voire impossible pour de nombreux produits (marqués d’un point d’interrogation dans le tableau comparatif). Quoi penser, par exemple, de la provenance des pâtes bio Coop (type penne) avec une origine attribuée à trois pays/continents différents : Canada, Europe, Amérique. Vous êtes sérieux? Elles peuvent pas venir tout simplement d’Italie?
  • la Coop propose des produits bio certifié bio Bourgeon/Suisse (ou bio Europe). La Migros en revanche, n’a pas adopté le label bio suisse mais a développé son propre label bio, et donc sa réglementation propre…no comment. 
  • du côté de Chez Mamie et de Bio c’bon on n’apprend très peu sur les produits. Perso, j’aimerais connaître davantage d’informations sur le producteur. Sachant que la clientèle de ce genre d’épiceries aime se sentir proche du produit, je trouve que la marge d’évolution est encore grande à ce sujet.

 

 

Il est où le tableau comparatif?

Il est làààà!Tableau prix VRAC

Au total, ce sont 15 produits secs (prix pour 100gr) et 10 fruits/légumes (prix au kilo) qui sont référencés dans ce tableau.

Les points d’interrogation signalent une lacune sur la provenance. J’ai aussi mis un point d’interrogation pour les produits de la Migros qui indiquent « produit venant de l’agriculture bio étrangère »…ah, c’est précis ça!

Dans les grandes lignes, on constate que 8/15 produits secs et 7/10 fruits ou légumes sont proposés à un prix identique ou meilleur marché en vrac qu’au supermarché (en gras et/ou surligné en jaune dans le tableau). Il s’agit des produits suivants:

  • les noix de cajou, le couscous, le boulghour et les penne complètes de Chez Mamie et Bio c’bon
  • les pois chiche et flocons d’avoine de Bio c’bon
  • la farine d’épeautre et les haricots rouges de Chez Mamie
  • les pommes Golden, les pommes Topaz, les pommes de terre, les carottes, la salade feuille de Chêne, le chou blanc et le brocoli

Je précise que j’ai choisi des produits au hasard et que je suis moi-même agréablement surprise par les résultats 🙂 !

On constatera que les fruits et légumes bio, vendus en vrac, sont aussi tous cultivés en Suisse. Venez faire un petit tour par le marché, c’est tellement plus glam’ que les caddies et les néons des supermarchés 🤗.

 

La morale de l’histoire

Non, le vrac ce n’est pas plus cher. Oui, faire ses courses en vrac, c’est la vie!

Et puis, lorsque c’est plus cher, j’assume, j’achète quand même. Parce que ça fait sens à mes yeux. On peut effectivement se poser la question différemment.

Combien suis-je prêt à mettre de mon budget pour mon alimentation et celle de ma famille? D’après les statistiques, le citoyen suisse ne dépense en moyenne que 10% de son revenu en alimentationsounds ridiculous! Il y a donc bien une question de priorités et de valeurs à se poser.

Acheter bio, en vrac et local fait du sens à mes yeux, me permet de me sentir en phase avec mes valeurs fondamentales et mon engagement envers l’environnement. Je sais que le produit que j’achète ne participe pas à la pollution des sols et de l’eau. J’accepte de vivre plus simplement et de payer un produit plus cher pour le bien de la planète et si vous ne comprenez pas ça maintenant, peut-être dans une autre vie ;).

J’espère que cet article vous aura plu, ça a peut-être l’air de rien, mais j’ai trimé un max pour faire ce tableau…

Take care of yourself and of the planet.

Sincerely yours

 

 

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6 Comments

  1. Celine Bacchetta

    Bravo ! C’est un peu l’impression que j’avais en faisant mes courses, mais je n’ai jamais eu le courage de lancer une vraie enquête comparative. Merci ! Il faudrait envoyer le tableau à A Bon Entendeur, pour qu’il soit plus largement diffusé !

  2. Merci pour cet article! Depuis que je fais mes courses en vrac mes depenses mensielles globales n’ont pas du tout augmentés.. je depenses plis poir l’alomentation parce que je prends plus du bio je pense, ce que je faisais que très rarement avant.. par contre comme je fais plus attention poir ne pas acheter tout et n’importe quoi ca compense! Donc c’est bien un état d’esprit comme tu le dis à la fin 😊

  3. Je n’habite pas Lausanne, mais quand même en Suisse (à 20 mn de Bienne 🙂 ) et je viens de découvrir ton blog 🙂 J’utilise aussi le tube de dentifrice Weleda en alu, par contre je n’ai pas pensé qu’on pouvait le mettre à recycler… Tu le mets avec les boîtes de conserve du coup ? Ce que je trouve dommage, c’est que le tube est quand même encore emballé dans du carton et avec une notice explicative…

  4. Florence

    Bonjour, bravo pour votre travail.. il manque cependant à votre tableau une indication quant à l’unité de comparaison choisie. S’agit-il de prix au kilo, au 100gr ou autre? Merci de le préciser.. Meilleures salutations.

  5. Arwen

    BRAVO !
    C est exact
    Et ainsi pas de produits dangereux dans votre assiette et on se sent en général beaucoup mieux dans sa peau ! Pas de Sulfure sur vos fruits séchés pour qu ils gardent leur couleur , et l argent donné localement revient si donné localement ( et pas disparaître dans des paradis fiscaux). On sait d où ça vient, et on peut permettre à des familles de vivre décemment dans le milieu agricole autour de soit. ). Quand on apprend qu il y a jusqu’à 60 traitement sur des pommes ( pour ne citer qu elles) industrielles non bio, et que les vendeurs de produits chimiques vendent des produits classés «  dangereux pour la santé « à l étranger, et que beaucoup de produits que nous consommons se trouvent dans nos assiettes, … moi ça me fait réfléchir un peu quoi …

  6. Pour les achats en vrac si vous devez parcourir des km en voiture c pas écolo. Mieux vaux aller aux marches ala Ferme près de chez soi !!!!! Au moins c locavore et super frais. Je le fais chaque jeudi .

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